Top 10 des trucs les plus dingues sur la poterie

PAR SANDRINE ET GIOM

Allez, petit tour d'horizon des croyances, légendes et autres mystères qui entourent la poterie ! Ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la céramique sans oser le demander...

1. C’est l’émail qui rend la pièce étanche.

Eh bien non, perdu, ce n’est pas l’émail qui rend les poteries étanches, c’est la température de cuisson !

Chaque terre a une température de cuisson à laquelle on dit qu’elle “se ferme”, c’est-à-dire qu’elle n’est plus poreuse. Exemple : un vase de la Collection Port-Anna est cuit une première fois aux alentours de 980°, il est encore poreux. Puis l’émail est appliqué sur la moitié supérieure de la pièce, nouvelle cuisson à 1260° et bingo, voici un vase totalement étanche prêt à accueillir moult bouquets de fleurs ! Autre exemple : l’olla, cette jarre qui optimise l’arrosage des plantes. On recherche ici l’exacte inverse des propriétés du vase : on souhaite obtenir une pièce qui reste poreuse (ni trop, ni trop peu) afin que l’eau puisse passer de l’olla à la terre du bac à fleurs ou du potager. L’olla n’est cuite qu’une seule fois, aux alentours de 1200°. Alors que son joli couvercle émaillé est cuit deux fois comme le vase. Et voilà notre olla est prête à être enterrée, il n’y a plus qu’à admirer nos plantes préférées s’épanouir !

Vase cintré en grès brun de Dordogne
Le bas de la pièce, bien que non-émaillé, est non poreux puisque la terre a été cuite à une température supérieure à celle où elle "se ferme".

2. Je garde mon service en céramique pour les grandes occasions.

Vous pouvez… mais il faut savoir que la céramique, grâce à sa cuisson haute température, (c’est-à-dire supérieure à 1200°) est plus solide qu’elle n’y paraît.

Giom-le-maladroit, le teste régulièrement pour vous : une tasse tombe, en fonction du support, elle rebondit légèrement (ce n’est pas un ballon de foot non plus), et n’a rien… Bon ça ne veut pas dire qu’il faut que vous fassiez la même chose chez vous, hein ? Ça reste de la céramique (et pas du métal 😉) et il vaut mieux éviter d’entrechoquer les pièces entre elles. 

Ce que la céramique n’apprécie pas du tout, ce sont les chocs thermiques : une tasse dans laquelle on verse un thé bouillant alors qu’elle sortait du frigo par exemple, ou l’inverse ! Mais souvenez-vous que la céramique fait partie des pièces qu’on retrouve très souvent dans les fouilles archéologiques donc n’ayez plus peur d’utiliser votre vaisselle en céramique au quotidien, c’est fait pour !

Et autre bon point concernant l’utilisation quotidienne, les Collections Port-Anna et Bronze peuvent être mises au micro-ondes et au lave-vaisselle. Enfin, si malgré tout, une pièce venait à casser, le SAV de Giom Von Birgitta est à votre disposition pour recompléter votre service ! Elle n’est pas belle la vie ?

3. Le tour en plus d’être sensuel, c’est facile.

Allez on en parle une fois et après on n’en parle plus ! On a tous en tête (enfin presque… le film date tout de même de 1990…) LA célèbre scène du tour avec LA musique qui fait fondre les cœurs dans Ghost (pour celles et ceux qui ne savent pas de quoi on parle, la-voici) !

Arghh l’image est tenace ! En vrai, j’ai des copines qui ont essayé, le lendemain elles avaient mal aux mains, c’est plutôt ça l’image qu’il m’en reste ! La terre, aidée par la force centrifuge du tour, fait sa loi. Il faut adopter la bonne attitude, le bon positionnement et jouer des muscles pour la mener là où on veut qu’elle aille. Plus la pièce est de grande taille, plus il faut de terre, plus il faut de force… mais pas trop pour ne pas contraindre la terre (sinon elle cède) mais juste lui donner la bonne impulsion ! Bon après, il n’est pas interdit de rêver… 😉

©Alicia Photographe

4. La céramique, c’est bien joli mais c’est cher.

Eh bien c’est vrai qu’on peut trouver une pièce très belle mais, en même temps, un peu chérot. On sait bien que c’est un travail d’artisan, que ce n’est pas produit à la chaine mais tout de même, il n’exagérerait pas un peu ses prix l’ami ?

Qu’est-ce qu’implique le travail de Giom ?

La partie R&D : création de l’objet et de son style sur croquis, choix de la terre car toutes ne réagissent pas de la même manière, développement de l’émail car Giom crée ses émaux, tests.
La partie production avec ses innombrables étapes, manipulations qui sont autant d’occasions de “foirer” la pièce. A cela s’ajoute toutes les surprises : anomalie dans la terre, casse dans le four, émail collant… L’article “1 tasse, 15 minutes, 8 étapes, 3 semaines” éclaire ce sujet.
La partie éthique, pour une céramique engagée aussi bien humainement qu’écologiquement : choix des matières premières, conditions de travail, recyclage de la terre, travail 100% artisanal intégralement réalisé dans l’atelier… autant de choix qui nécessitent souvent plus de temps et impliquent des coûts supplémentaires.
Les parties communication, commercialisation et gestion de l’entreprise qui empiètent sur le temps de création et de production car un artisan est avant tout formé à son art et n’est pas forcément Community Manager, VRP, ou dirigeant…
Les frais de fonctionnement, taxes, salaires (qu’on espère réguliers)…

Les prix sont fixés au plus juste pour que vous et nous ayons des étoiles dans les yeux : voilà pourquoi la passion de créer et de partager est le bien le plus important !

5. C’est quoi cette terre ?

Alors attention, il y a terre et terre !

Déjà on enlève ce qu’on appelle des pâtes reconstituées (mélange de terres et d’autres composants, prêt à l’emploi et qui mêle des propriétés de différentes terres, un peu comme on fait un assemblage de cépage pour avoir exactement le vin qu’on veut), la pâte auto-durcissante, la pâte à sel et autres pâtes à modeler ! On parle ici de “vraie” terre, celle que Giom va chercher avec son seau et sa pelle dans la forêt…nan je plaisante !

Les terres (ou argiles) sont constituées de différents composants chimiques, des minéraux et des oxydes de métaux (cuivre, fer…) dans des proportions variables, ce qui fait qu’elles ont toutes des propriétés différentes et donc une réaction différente lorsqu’elles seront travaillées ou cuites. On distingue trois familles d’argile, essentiellement :
– Le grès ;
– La porcelaine qui a la particularité d’être composée à 100 % de kaolin, sans aucune impureté ;
– La faïence.
L’argile provient le plus souvent de carrières au sein desquelles existent plusieurs filons. La terre utilisée par Giom provient de Dordogne (Forêt de la Double) et de Bourgogne (Saint-Amand-en-Puisaye), ce sont des grès de belle qualité. Et la porcelaine vient de… Limoges ! Les terres sont nettoyées à l’eau, tamisées, uniformisées, sans traitement chimique, puis envoyées sous forme de pains de terre à l’atelier en Alsace !

Bon d'accord, c'est pas super bien rangé, mais voici le stock de terre !

6. 1, 2, 3… cuisons !

La terre, une fois cuite, s’appelle céramique.

La première cuisson, aux environs de 980°, permet de brûler les impuretés de la terre et d’éliminer l’eau et l’humidité résiduelles. Les minéraux, les minerais et les oxydes de métaux reconstituent ainsi une nouvelle “roche”. Il en ressort un dégourdi si c’est du grès (tout rose si c’est du grès de St-Amand par exemple) et un biscuit quand c’est de la porcelaine. La deuxième cuisson, dite à haute température, au-delà de 1000°, permet de donner de la solidité à la céramique. Par exemple, la faïence est cuite à basse température (inférieure à 1000°) et, de ce fait, reste assez fragile. La deuxième cuisson à haute température permet également de multiplier les possibilités avec les émaux. Enfin la troisième cuisson permet de fixer des dorures à l’or fin (autour de 800°), ou des transferts d’images.

Le trait d'or fin est appliqué au pinceau après la seconde cuisson, puis doit passer une troisième fois dans le four pour être rêvélé.

7. Comment vous mettez la peinture sur vos pièces ?

Il existe plusieurs techniques pour “peinturlurer” une pièce en céramique. Giom utilise principalement la technique de l’émaillage avec des émaux qu’il recherche et développe lui-même parce qu’il souhaite une couleur spéciale, un rendu unique et parce qu’il est un peu perfectionniste aussi !

Des émaux prêts à l’emploi existent également. L’émail est composé d’eau, de minéraux et d’oxydes de métaux dans des proportions variables (comme la terre), ce qui fait que chaque émail a ses propriétés : pour simplifier, l’émail a la même composition chimique que le verre, et on fabrique donc un type de verre spécifique, avec une texture et une couleur données, pour recouvrir et protéger la pièce. Chaque terre étant particulière, chaque émail étant particulier, vous pouvez aisément imaginer le nombre de combinaisons et le nombre de tests que cela représente ! Il vaut mieux avoir quelques connaissances en chimie ! L’émail est liquide, la pièce peut être entièrement immergée dans un bain d’émail, ou seulement en partie, à l’aide de pinces ou de doigts au besoin, mais également appliqué au pistolet à peinture, au pinceau, à la poire ou avec toute autre technique qui permet de déposer l’émail liquide sur la pièce, qui reste poreuse après la première cuisson. Lors de la seconde cuisson à haute température, l’émail va entrer en fusion avec la terre pour donner le résultat qu’on attend : plus ou moins brillant, de telle ou de telle couleur, avec tel rendu de matière et de toucher.

Autre technique, l’engobe est souvent très utilisé car moins dangereux à l’application et bien plus évident à apprivoiser que l’émail !

L’engobe est un mélange composé de terre, d’eau et de pigments. On peut l’appliquer avant ou après la première cuisson mais surtout, on sait dans la majeure partie des cas ce que ça va donner : la couleur qu’on applique sera celle qui sortira après la cuisson. Et on peut travailler l’engobe un peu comme une peinture : mélanger de l’engobe bleu et de l’engobe jaune va donner de l’engobe vert par exemple, c’est donc souvent cette technique qu’on utilise dans des ateliers avec des débutants, adultes ou enfants. En revanche, cette technique permet de colorer la pièce, mais ne permettra pas vraiment de lui donner une autre texture ou un autre rendu que ceux de la terre elle-même : pas de brillant avec l’engobe, la terre conserve son aspect d’origine, mais coloré. Logique, puisque l’engobe ne contient finalement que de la terre et des pigments. C’est bon, vous suivez toujours ?!!

Mais il existe encore d’autres techniques pour “colorer” une pièce : on peut appliquer un jus d’oxyde qui est simplement un mélange d’eau avec de l’oxyde colorant, ou teinter la terre dans la masse, ou réaliser un enfumage pour que le noir de la fumée vienne s’accrocher à la terre bref, il existe plein d’autres techniques qui ne sont pas (encore !) utilisées à l’atelier, mais on ne va quand même pas tout vous dire d’un coup, il faut bien qu’on garde des choses à expliquer dans un prochain article !

Enfin, vu les matériaux employés, il est plus sage, et même obligatoire pour un usage alimentaire, de s’assurer que de vilaines réactions liées à la composition, au mélange, à la cuisson…,  ne viennent compromettre notre santé. Giom envoie donc un échantillon de ses pièces à la Société Française de Céramique où des tests intérieurs et extérieurs sont réalisés (on a dit apprenti chimiste, pas apprenti sorcier). Tout ceci est encadré strictement par la législation européenne, à l’exemple du plomb, dont l’usage est interdit.

Ici, Noam décore des pièces crues à l'engobe.

8. Surprises à la sortie du four !

C’est toujours un moment important, l’ouverture du four ! Il faut dire que l’on peut y mettre jusqu’à 250 pièces ! Plusieurs heures de travail et plusieurs kilos de matière y sont savamment entassés pour optimiser l’espace et les cuissons (cela peut prendre jusqu’à une heure pour remplir le four), les amateurs de Tetris apprécieront !

Bref, jusque-là tout allait à peu près bien, Giom a bien travaillé et le four est rempli de belles pièces. L’ouverture du four vous rappelle bien souvent que c’est la terre qui commande et pas toujours le potier. 😉 Alors pourquoi le potier montre-t-il une certaine fébrilité à l’ouverture du four ? D’abord, il y a le phénomène de rétractation de la terre, c’est-à-dire que la pièce, surtout lors de la deuxième cuisson, devient plus petite, il faut donc en tenir compte dès le départ, notamment lorsque la pièce dispose d’un couvercle par exemple car, alors, il faut impérativement que les deux parties de la pièce continuent à s’assembler après la cuisson !

Ensuite, comme on l’a vu plus haut, la terre et les émaux ont des propriétés qui font que selon la courbe de cuisson (temps et degrés), selon la place dans le four, selon les pièces qui sont situées à côté, les résultats peuvent être totalement différents. Ceci est particulièrement délicat quand le four contient différentes pièces constituées de différentes terres avec différents émaux. Il peut arriver aussi que l’émail colle à d’autres pièces, dans ce cas elles sont irrécupérables. Il peut y avoir aussi des anomalies dans la terre, de type bulles d’air, qui provoquent la casse des pièces ou encore parce qu’un filon de terre a des propriétés légèrement différentes de celles attendues. Il se peut aussi, que selon l’agencement dans le four, l’air ne circule pas comme il devrait et que, de ce fait, des pièces soient perdues car l’émail n’aura pas fusionné comme on le souhaitait. Et des fois, on ne sait pas trop ce qui s’est (mal) passé ! Et dans ce cas, c’est un long processus de recherche de causes qui commence pour trouver des réponses, afin de comprendre et ne pas reproduire l’erreur qui a été faite. Heureusement aujourd’hui, les pièces vont bien et le potier aussi 😊

©Alicia Photographe

9. Je fais la même chose avec de la pâte à sel avec mes enfants.

Souvent, sur les expositions et les marchés, c’est la remarque la plus brutale qu’on puisse entendre, et qui donne (parfois !) envie de bondir pour se lancer dans un long explicatif sur les contraintes de la terre et de son travail ! Mais plutôt que de sauter sur les visiteurs qui tiennent ce type de propos, on pourra maintenant les renvoyer vers cet article de blog. Malin, non ?

En clair, le travail de la terre à la plaque donne parfois l’impression que c’est tout simple et rappelle des gestes qui sont fait à l’école ou dans des associations d’éveil artistique. Et c’est vrai : ce sont souvent les mêmes gestes avec de la pâte à sel ou de la terre auto-durcissante. On va étaler la pâte à sel avec un rouleau, comme on peut le faire avec l’argile. On peut appliquer sur la pâte à sel des textures variées, comme Giom le fait par exemple avec les décoration de Noël. On peut découper la pâte à sel et l’argile avec des emportes pièces ou avec des couteaux, l’assembler et les coller ensemble.

Mais l’étape qui fait toute la différence est celle de la cuisson : car l’argile est bien une matière vivante qui demande à être travaillée d’une certaine manière pour que toutes les étapes de sa production soient concluantes. C’est chimique : lorsque vous cuisez une matière à très haute température (entre 1200 et 1300°C pour les terres de l’atelier), il y a un changement d’état de la matière qui fait que tout est différent d’une matière qui sèche à l’air libre par exemple, ou qu’on cuit dans un four de cuisine à 200°C.

Alors peut-être que les gestes et le résultat font penser au truc de la fête des mères que vous avez fait avec vos enfants l’année dernière, mais s’il vous plait, la prochaine fois que vous aurez envie de dire ça en voyant des créations artisanales, repensez à toutes les étapes que demandent le travail de la terre et vous verrez que la comparaison n’est pas forcément adaptée.

Les décorations de Noël sont réalisées en Porcelaine de Limoges, avec un motif imprimé et un trait d'or fin appliqué au pinceau.

10. Et vous en vivez ?

Alors qu’on soit tout de suite clair, on ne roule pas sur l’or, ça existe peut-être quelque part un céramiste riche, mais ce n’est pas notre cas ! Mais ce n’est pas bien grave car ce n’est pas non plus notre objectif premier ! 😊

Mais oui, pour répondre à la question une bonne fois pour toute : c’est le métier de Giom, et donc une activité professionnelle qui lui permet de vivre !

L’activité commerciale de Giom ne se résume pas à la vente à l’atelier, sur des marchés, en ligne ou en boutiques, il y a aussi :
– Des commandes (particuliers, professionnels) ;
– Quelques initiations et cours (particuliers, professionnels, séminaires par exemple) ;
– Des projets artistiques en partenariat (avec le CROUS ou avec des associations par exemple) ;
– Des projets artistiques avec d’autres artistes.

Mais avant tout, c’est un choix de vie, une passion, un métier… et ça, ça n’a pas de prix ! Le fait de se lever le matin avec l’envie de travailler, de faire ce que l’on veut compense efficacement le fait de ne pas avoir un salaire mirobolant mais qui suffit largement pour vivre ! Comme dit Maître Giom : ” Choisir ce que tu achètes tu préféreras, plutôt que tout ce que tu veux tu achèteras”.

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